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L’architecture intérieure ça n’existe pas 003

Citation du mois


(…) Il est du principe de l’œuvre d’art d’avoir toujours été reproductible.

Walter Benjamin

dans L’oeuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique

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Le métier d’architecte d’intérieur découle-t-il de celui des architectes, comme un aboutissement, dans le détail, de l’intérieur d’un bâtiment, comme semble le suggérer la Loi sur l’architecture du 3 janvier 1977 ou est-il simplement héritier des pratiques des décorateurs ? Les architectes d’intérieur souffrent, historiquement et statutairement, de la branche décorative de leur généalogie. Les architectes français ont une avance historique sur les architectes d’intérieur, leur discipline est un des Beaux-Arts, avec un diplôme national institué en 1867 ; un premier code déontologique (Julien Azaïs Guadet) engagera le processus menant à la création de l’Ordre, qui prend forme avec la Société des architectes diplômés par le gouvernement dans les années 1930, et s’institutionnalise en 1940 par une loi réglementant la profession, avant une ordonnance de 1945 qui valide l’Ordre des architectes ; apothéose, en 1977, la profession se voit offrir le monopole de l’établissement du projet architectural. Une histoire qui n’est pas sans rappeler la constitution de l’Ordre des médecins, où les architectes d’intérieur seraient aux architectes ce que les psychanalystes sont aux médecins diplômés. Le statut de DPLG, n’ayant été accordé qu’aux architectes, a donné un pouvoir et une légitimité jamais reconnus aux professionnels de l’architecture intérieure, institutionnalisant une norme officielle du véritable professionnel, différent des plus ou moins professionnels, les architectes d’intérieur… que les architectes, s’ils le souhaitent, laissent s’amuser à décorer l’intérieur de ce qu’ils ont conçu, et encore. Sans la signature d’un architecte dûment reconnu, l’architecte d’intérieur ne pourra pas abattre tel mur porteur, et encore moins construire et signer un bâtiment, des fondations jusqu’aux combles. Le poids et l’histoire des institutions françaises a peut-être empêché, jusqu’à maintenant, une interdisciplinarité qui fut un des moteurs de la révolution italienne des années 60 et 70 en architecture, architecture intérieure et design. Le De la petite cuillère à la ville d’Ugo La Pietra propose une vision globale de l’espace habité, rendant caduques les différenciations disciplinaires ou corporatistes. Pour les italiens du design radical, le designer, l’architecte d’intérieur et l’architecte, sont un seul et même concepteur. Pour théorique qu’il paraisse, ce positionnement possède le mérite d’abattre les hiérarchies entre professions.

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