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L’architecture intérieure ça n’existe pas 006

Citation du mois


(…) Il est du principe de l’œuvre d’art d’avoir toujours été reproductible.

Walter Benjamin

dans L’oeuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique

Autres définitions du design et de l'architecture sur la page Citations

La qualification, confirmée par un diplôme, est inséparable de la reconnaissance du métier d’architecte d’intérieur en France, qui s’en trouve étroitement liée à l’histoire de l’enseignement des arts appliqués.

Cette histoire mériterait d’être développée, mais résumons les derniers rebondissements, au sein de l’Education nationale, en évoquant la création des BTS d’arts appliqués en 1968, puis le développement progressif de la filière, de la seconde au niveau Bac + 4, jusqu’à un diplôme supérieur d’arts appliqués en architecture intérieure (DSAA), qualifié par l’OPQAI en 1983.

La création d’écoles d’arts appliqués va dans le sens d’une conceptualisation du projet et d’une émancipation des professions (1), c’est-à-dire qu’on passe du décorateur -terme qui devient péjoratif- à l’architecte d’intérieur.

Un débat amusant a eu lieu dans les instances ministérielles et syndicales dans les années 1980, pour savoir si la filière dont nous parlons devrait s’appeler Architecture intérieure ou Architecture d’intérieur.

Ce débat autour d’un « D » apostrophe n’était cependant pas anodin, puisqu’il posait la question de savoir si l’on parlait d’architecture en tant que métier appliqué aux espaces intérieurs, ou d’architecture intérieure en tant que spécialité autonome.

Dans ce contexte, la reconnaissance d’un métier en architecture intérieure passait, pour certains décorateurs devenus architectes d’intérieur, par la suppression de ce « D » apostrophe.

Problème : si l’on reprend le cours de l’histoire de l’enseignement de la filière, le BTS d’architecture intérieure devient BTS de design d’espace en 2002.

Les textes officiels de l’Education nationale rejettent donc, après moins de 20 ans d’usage, le terme « Architecture intérieure », au profit d’un nouveau type de design, ce qui rend bien vague le but pédagogique de ces formations. Comble de l’humiliation, le « D » apostrophe est de retour, reliant Design et Espace, préférés à l’alliance Architecture et Intérieur. On parlait volontiers de Design d’environnement ou de design de produits dans les années 80, et voilà qu’il faut aujourd’hui parler de Design d’espace plutôt que d’architecture intérieure.

(1) Valérie de Calignon dans son DEA Architecture intérieure, généalogie et approche transhistorique, Directeur d’études Dominique Rouillard, Paris 1, 2004

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