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Contribution pour une histoire de l’école Camondo 015

Citation du mois


(…) Il est du principe de l’œuvre d’art d’avoir toujours été reproductible.

Walter Benjamin

dans L’oeuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique

Autres définitions du design et de l'architecture sur la page Citations

Contribution pour l’établissement d’une biographie de Pierre Lardin (1902-1982) (1)

 

Pierre Lardin est le premier directeur du Centre des arts et techniques, fonction qu’il exerce à partir du 1er octobre 1945, jusqu’en septembre 1955. Son fils Dominique Lardin sera le second directeur de l’Ecole.

 

 

Né le 14 janvier 1902, Pierre Lardin passe 4 années (1916-1920) à l’école Boulle, où il acquiert notamment la maîtrise de la technique de l’estampe, il se définit d’ailleurs lui-même dans un curriculum vitae rédigé en toute fin de carrière en tant que Graveur au burin.

Il sort de l’école Boulle premier au concours de fin d’études section meuble et métal.

 

Lardin suit des cours les années suivantes à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris tout en travaillant dès sa sortie de Boulle successivement pour Maurice Dufrêne à partir de 1920 en tant que décorateur dans son agence du 22 rue Bayard à Paris, puis à la Maîtrise des galeries Lafayette jusqu’en 1924.

 

Il travaille simultanément à partir de 1921 pour les établissements Edgar Brandt en tant que 1er décorateur en ferronnerie d’art, puis dirige le laboratoire d’étude et de dessin en ferronnerie (1921-1928) pour le même Brandt.

Il entre aux ateliers Marc Simon en tant que décorateur artistique pour la décoration de paquebots (1928-1934).

Au cours de ces mêmes années, ses modèles sont régulièrement retenus par le joailler Cartier.

 

Il aurait été initié au vitrail à l’occasion d’un stage chez Jacques Gruber.

 

miroirlardin1938

Miroir 1938

 

Son Grand prix à l’exposition internationale de 1925 n’est pas associé au verre, et ce n’est qu’après 1928 qu’il débute la production de glaces et de miroirs gravés qui feront sa notoriété.

lardin1925

1925, exposition des Arts Décoratifs, pavillon de la ville de Paris, projet du Salon d’honneur

Les paquebots sont alors un terrain d’expérience pour la gravure de miroirs à l’acide et au jet de sable, expérience favorisée par la résistance au feu du verre. Il est régulièrement appelé par René Prou sur les chantiers des nombreux paquebots réalisés au cours des années 1920 et 1930, et par Maxime Old pour ses projets d’ensemblier dans des hôtels particuliers.

 

Il obtient le Prix Florence Blumenthal 1932, section des Arts Décoratifs, le Prix Charles Plumet en 1934 et le statut de boursier de voyage de l’Etat en Italie en 1935.

 

Il est membre du jury, secrétaire rapporteur adjoint à l’exposition internationale de 1937, membre de la Commission de l’enseignement de l’Union des artistes décorateurs, membre actif de la Société des artistes décorateurs, et membre du jury du Certificat d’aptitude professionnelle (meuble), certificat sur lequel s’appuiera en partie la pédagogie au Centre d’art et de techniques après la seconde guerre mondiale.

 

Il démarre sa carrière d’enseignant en octobre 1934 à la fois à l’école technique supérieure de dessin appliqué en art et publicité (65 rue Corvisart, Paris 13e) en tant que professeur de décoration et de technologie, à l’école de dessin du 6e arrondissement (10bis rue de Seine) avec les mêmes intitulés de cours, mais aussi, et toujours en 1934 aux Académies de Valenciennes.

Il prend la direction en 1935 de l’école professionnelle de la bijouterie de fantaisie (25 rue Chapon, Paris 3e).

 

Il exerce simultanément dans ces écoles jusqu’à sa mobilisation en 1939.

 

Lardin passe les années de guerre dans un camp de déportation en Pologne près de Cracovie (sous-officier réfractaire selon son propre CV). Il y créera la revue « Le crack », journal de captivité des sous-officiers réfractaires au travail. Cette revue sera couronnée par l’Académie française.

 

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Le Crack, revue mensuelle du stalag 369

 

Libéré en avril 1945, il réintègre dès le mois de mai 1945 l’école de dessin du 6e arrondissement pour achever l’année scolaire 1945-1946.

 

Tout se passe comme si René Prou, fondateur avec le comte de Ganay du CAT, avait attendu le retour de captivité de son ami Pierre Lardin, qui prend la direction du Centre d’art et de techniques le 1er octobre 1945, école de perfectionnement de l’Union centrale des Arts Décoratifs créée dès 1944, sans personne à sa direction pour la première rentrée.

Parmi les enseignants, Maxime Old qui le connaît bien est déjà là, le projet d’école de perfectionnement pour les artistes décorateurs de l’Union centrale des Arts Décoratifs, Centre d’art et de techniques qui deviendra l’école Camondo, est lancé.

Nous reviendrons sur le rôle de pédagogue de Pierre Lardin, enseignant et directeur d’école d’arts appliqués juste avant et juste après guerre, période cruciale et de massification de la production des objets du quotidien, du mobilier et du logement de la reconstruction, et sur les interactions entre formation (de la décoration à l’architecture intérieure) et professionnalisation (de l’ensemblier au designer) des acteurs de l’architecture intérieure et du design.

 

Après son départ du CAT à la fin de l’année scolaire 1954-1955, Lardin poursuit sa carrière d’enseignant de 1955 à 1958 à l’Ecole des arts décoratifs et d’architecture de Grenoble, et de 1958 à 1972, à l’Ecole des beaux-arts de Bordeaux.

 

Pierre Lardin décède en août 1982.

 

Surtout connu pour son œuvre de verrier, Pierre Lardin a pourtant une longue carrière de pédagogue, donc, mais également de décorateur dans des genres très différents : il réalise des ensembles mobiliers, des décors de théâtre, des modèles de papiers peints (nombreuses productions éditées par Nobilis, modèles conservés aux Arts Décoratifs), des vases et autres objets en céramique pour la Manufacture de Sèvres, des marionnettes pour la Compagnie lyonnaise, des jouets… autant de productions relayées par les articles de revues des années 1920 à 1950.

 

 

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Projet pour le CMF (Conseil du meuble français), 1947

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Vase en porcelaine pour la Manufacture de Sèvres, décor de Pierre Lardin, 1924

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Paravent en glace gravée et oxydée (s.d.)

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commode 1940

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Table 1937

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Miroir 1940

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Meuble de rangement 1945

 

 

Références bibliographiques :

 

Documents issus du Centre de documentation des Arts Décoratifs :

Déclaration de carrière de Pierre Lardin, probablement établie pour les services de l’Administration en vue d’établir le montant d’une pension de retraite.

Curriculum Vitae non daté.

 

Ouvrages :

100 années de création, 1886 Ecole Boulle 1986, Paris, Syros Alternatives, 1988

Frédéric Ollivier, Aymeric Perroy, Franck Sénant, A bord des paquebots, 50 ans d’arts décoratifs, Paris, Norman, 2011

Bruno Foucart, Jean-Louis Gaillemin, Les décorateurs des années 40, Paris, 1998

Dictionnaire des artistes décorateurs, revue Mobilier & Décoration (s.d.)

 

Articles, références Centre de documentation Les Arts Décoratifs :

La demeure française, automne 1928

Deutsche Kuyst und Dekoration, mai 1930, n°8

Art et Décoration, juillet-décembre 1931, 11e SAD.

Art et Décoration, 1933, 13e SAD

Mobilier et Décoration, décembre 1933, Salon d’automne

Art et Décoration 1935, 25e SAD

Design for today, juin 1935

Art et Décoration 1937

Moutard-Uldry, Renée : Pierre Lardin, Art et Décoration, 1938, pp.367-375

Mobilier et Décoration, avril 1938

Art et Décoration, novembre 1938

Journal de l’amateur d’art, n° spécial consacré au Paquebot Liberté, 17 août 1950, 4e année, n°53-55

 

Martial Vigo, Mémoire DEA d’histoire de l’art Paris I Panthéon-Sorbonne, sous la direction de Stéphane Laurent, 2002 : Nobilis, 1928-1952.

 

Catalogues de la Compagnie Générale Transatlantique, voir les paquebots Le Liberté, L’île-de-France, Le Normandie, Le Paris, L’atlantique.

 

Blog Art-utile, consacré au mobilier de la reconstruction en France

 

 

(1) Grands mercis à Laurence Bartoletti et Isabelle Fournel du Centre de documentation des Arts Décoratifs, à Véronique de la Hougue, conservatrice au Musée des Arts Décoratifs (papiers peints), à Véronique Ayrolles, assistante de conservation au Centre des arts du verre des Arts Décoratifs, et à Evelyne Possémé, conservatrice au Musée des Arts Décoratifs, sans lesquelles ce début de restitution du parcours de Pierre Lardin et d’établissement d’une bibliographie n’aurait pas d’existence.

 

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