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Contribution pour une histoire de l’école Camondo 019

Citation du mois


Personne n’est éduqué pour devenir un homme, mais certains le sont pour détenir la propriété et d’autres pour la servir.

William Morris, à propos de l’enseignement, selon lui soumis au commerce et à la politique, dans L’âge de l’ersatz (1894), conférence donnée le 18 novembre 1894, au New Islington Hall, dans le quartier populaire d‘Ancoats à Manchester.

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L’Ecole municipale des arts appliqués à l’industrie, dite les Arts-A (prononcer zarza) est régulièrement citée dans les monographies consacrées aux designers passés par cette formation, ou dans les ouvrages d’histoire contemporaine du mobilier français. Comme si – dès lors qu’on s’intéresse de près ou de loin aux productions d’art industriel ou appliqué – le fait de savoir qu’untel a fait les Arts-A édifiait d’évidence.

Dans un rapport du Conseil municipal de Paris du 24 décembre 1904, la commission de l’enseignement et des beaux-arts invoque la retraite prématurée de monsieur Aubé, directeur de l’Ecole Bernard Palissy, malade, pour se féliciter de la réforme que ce départ engage : la fusion des écoles techniques Bernard Palissy et Germain Pilon en une Ecole municipale d’arts appliqués à l’industrie.

Le rapport rappelle que ces deux écoles étaient subventionnées par la municipalité, et considère que leurs programmes pédagogiques généraux faisaient doublon : dessin, modelage, histoire de l’art, analyse des styles, composition décorative, aquarelle, perspective et théorie des ombres.

Le même rapport reconnaît cependant une distinction, où l’Ecole Germain Pilon préparait des concepteurs, tandis que l’Ecole Bernard Palissy dispensait un enseignement pratique et spécialisé, destinant ses élèves à réaliser les projets dessinés par leurs camarades de Germain Pilon.

Et le rapport d’affirmer que la municipalité finançait jusque-là non pas deux écoles, mais deux sections d’une même formation.

La commission justifie aussi cette fusion par la nécessité de nouveaux locaux, plus lumineux et plus spacieux, et propose de confier la direction de la nouvelle école au directeur de l’Ecole Germain Pilon, John Labusquière.

Plus qu’une fusion, il semble ainsi s’agir, pour la ville de Paris, d’une absorption de Bernard Palissy par Germain Pilon, si l’on ose dire.

L’emplacement des nouveaux locaux est proposé sur le terrain laissé vacant par la démolition du marché du Temple, avec l’argument de l’avantage du voisinage de la bibliothèque Forney (1).

On connaît l’Ecole Bernard Palissy pour avoir notamment accueilli René Prou dans ses jeunes années.

Le bâtiment est construit en 1913, presque dix années après le rapport municipal de 1904, au 11 rue Dupetit-Thouars dans le 3e arrondissement de Paris. La première guerre mondiale retarde encore l’ouverture de l’école qui sera inaugurée en 1923.

DOUBLEINSCRIPTION

La façade des Arts-A, devenue Ecole Duperré en 1970, et son inscription : Germain Pilon / Ecole des arts appliqués à l’industrie / Bernard Palissy

 

Dans le Bulletin de la vie artistique du 15 janvier 1923, une interview donnée auparavant au journal Le Temps par Eugène Belville, directeur de la nouvelle école, est retranscrite. Belville annonce que la formation sera une préparation qualitative aux métiers d’art, et poursuit : « Nous estimons qu’un décorateur doit connaître par expérience toutes les techniques. (…) les cours généraux de la première année d’études seront (…) complétés par le séjour que feront les élèves dans les trois ateliers d’application qu’ils choisiront parmi les douze ; (…) aucun modèle ne sera composé chez nous qu’il n’y soit aussi réalisé : voilà le véritable enseignement expérimental. L’école est si désireuse de former des praticiens sur qui l’industrie puisse compter que tous ses ateliers seront patronnés par les chambres syndicales. C’est l’industrie qui, bientôt, tracera les programmes de nos recherches, en indiquant ses besoins. »

Le journaliste du Temps d’interroger : « C’est un Werkbund ? », et Belville de répondre « Soit. Depuis assez longtemps, l’opinion en réclamait l’institution en France. »

ELEVESZARZA

Les Arts-A accueillent des garçons entre 13 et 17 ans, pour 4 années d’études, la dernière étant dite de perfectionnement.

 

Le projet est donc celui d’un enseignement technique autant qu’artistique, avec l’objectif de remplir les ateliers industriels d’élèves aussitôt opérationnels ; la philosophie de la pédagogique semble issue, comme en miroir, des parcours professionnels des décorateurs qui souvent ont expérimenté puis maîtrisé les diverses spécialités des métiers d’art, fondant ainsi leur légitimité à pouvoir, ensuite, diriger des projets d’ensemble.

En 1925, l’école municipale gagne en légitimité institutionnelle, et voit ses enseignants rattachés au ministère de l’instruction publique.

A la suite d’Eugène Belville, Georges Rémon (2) est directeur jusqu’en 1932, date à laquelle est nommé Jean Freyssinet, directeur jusqu’en 1953. Lui succèdera Julien Martial.

En novembre 1956, à l’initiative de Jacques Viénot, un cours d’esthétique industrielle (3) est inauguré, sous la direction de Pierre Lesellier. Y enseigneront Roger Talon, Georges Patrix, Jacques Fillacier, François Stahly…

En 1958, le premier BTS en arts appliqués (4) (esthétique industrielle) est créé rue Dupetit-Thouars par Jacques Viénot.

En 1969, les Arts-A libèrent le 11 rue Dupetit-Thouars au profit de l’Ecole Duperré (5) qui s’y installe, et fusionnent avec l’Ecole des Métiers d’arts pour fonder l’Ecole nationale supérieure d’arts appliqués et des métiers d’arts (ENSAAMA) rue Olivier de Serre dans le 15e arrondissement.

Ces déménagements sont contemporains de l’instauration de la mixité, les Arts-A étaient jusqu’alors une école de garçons.

L’histoire de l’Ecole municipale d’arts appliqués à l’industrie reste à écrire. Le présent article ambitionne d’initier une description du contexte pédagogique en arts appliqués, à Paris, dans les années contemporaines de la création de l’école Camondo.

 

(1) Le programme originel de la bibliothèque Forney est à vocation pédagogique et à destination des ouvriers des arts industriels, à l’instar du projet de l’Union Centrale des Arts Décoratifs. Voir Casiot, Frédéric. « Les collections singulières de la bibliothèque Forney ». Bulletin des bibliothèques de France (BBF), 2007, n° 4, p. 55-60. Disponible en ligne : <http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-2007-04-0055-011&gt;. ISSN 1292-8399

(2) Avis de décès de Georges Rémon dans Le Figaro du 3 septembre 1932.

(3) Jacques Viénot a longtemps milité pour qu’un enseignement de l’esthétique industrielle voie le jour en France. Voir Jocelyne Le Bœuf, Jacques Viénot (1893-1959- Pionnier de l’esthétique industrielle en France, Presses universitaires de Rennes, 2006

(4) Les BTS en arts appliqués n’apparaissent dans les écoles Estienne, Boulle, Duperré et Olivier de Serre, qu’en 1973

(5) L’école Duperré semble avoir été l’équivalent féminin de l’Ecole municipale d’arts appliqués à l’industrie.

 

Sources :

Rapport municipal de la ville de Paris 1904 en ligne sur Gallica

Dictionnaire.sensagent

Le site de l’Ecole Duperré

Le Figaro du 3 septembre 1932

Bulletin de la vie artistique du 15 janvier 1923

Jocelyne Le Bœuf, Jacques Viénot (1893-1959- Pionnier de l’esthétique industrielle en France, Presses universitaires de Rennes, 2006

Réalités industrielle : une série des annales des mines, 1989


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